Le Grand Désert Brûlé de Sébastien Provencher

Grand brûlé ~ Bois brûlé ~ Désert brûlé Pays Brûlé

proces_verbal_robineau

J’ai croisé ces quatre expressions dans le cadre de mes recherches sur Sébastien Provencher (1634-1711). Ce dernier, on le sait, est le père de Marguerite Provencher (c. 1666 – 1739) qui épousa en 1682 au Cap de La Madeleine Anthoyne Cottenoyre (c. 1657-1731).   De ce couple sont issus tous les Cottenoir / Cotnoir / Préville d’Amérique du Nord.

J’ai été intrigué par ces désignations de lieux-dits qui apparaissent dans de nombreux procès-verbaux dressés par ceux qu’on appelait « grand voyer ». Ces représentants du roi étaient chargés de fixer les conditions d’aménagement des routes à l’époque et tout particulièrement du chemin du Roy qui devait relier Québec à Montréal.

1) Mention de « désert brûlé » et de « Sébastien Provencher »

Dans le procès-verbal du grand voyer Pierre Robineau de Bécancour, en date du 9 juillet 1710, pour le chemin de la côte et seigneurie du Cap de la Madeleine, ont peut lire à grand peine l’inscription « désert brûlé ». Apparaît également   dans ce document le nom de Sébastien Provencher toujours vivant à ce moment. Il décèdera à l’hiver 1710-1711.

Le texte est difficilement déchiffrable mais pourrait se lire comme suit : « … il suivra le chemin par en haut jusque au pont de Sébastien Provencher et de là reprend le vieux chemin jusqu’à la rivière ___ etc. »

proces_verbal_1710

Référence :
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/exploration-colonisation/archives-nouvelle-france/Pages/item.aspx?IdNumber=42

Il est intéressant de noter que les noms de Pierre Le Boulanger, capitaine de milice du Cap et celui de Nicolas Lecacheux apparaissent également dans ce document.

Ce Pierre Le Boulanger avait été le témoin d’Anthoyne Cottenoyre lors de la signature de son contrat de mariage. C’est lui qui à nouveau avait signé comme témoin le lendemain l’acte de mariage à l’église du Cap. Il était désigné comme marchand bourgeois lors recensement de 1681.

Quant à Nicolas Lecacheux, il avait vendu à Anthoyne Cottenoire, le 19 janvier 1680 « … une terre de deux arpents de front dans la seigneurie de Villiers… » qui deviendra par la suite la seigneurie de Bécancour.

2) Mention de « Grand désert brûlé » et de Louis Provencher fils »

Dans son procès-verbal en date du 29 juillet 1716, le grand voyer Pierre Robineau nous fournit une autre indication, plus lisible cette fois-ci, de l’endroit où est établie la famille Provencher. Il écrit que le tracé du chemin du Roy devra « … prendre au pont du ruisseau Laroche… et rejoindre l’ancien chemin tracé chez … Masson, le redressant jusqu’à la rivière aux Ânes où il sera fait un pont solide… (qui) passera (à peu près) au milieu du Grand désert (brûlé) de Louis Provencher fils, qu’il est nécessaire de ponter… lequel ira rejoindre le chemin du Cap… tracé ».

proces_verbal_1716

Référence :
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/exploration-colonisation/archives-nouvelle-france/Pages/item.aspx?IdNumber=80

3) Autre mention de l’expression « Pays-Brûlé »

29 juillet 1716.

Procès-verbal de Pierre Robineau de Bécancour pour le grand chemin royal des   côtes du Pays-Brûlé apparte­nantes partie au sieur de Catalogne, lieutenant d’une com­pagnie des troupes du détachement de la marine, et partie à dame Marie de Lafond, femme du sieur de Longval, mar­chand bourgeois des Trois-Rivières.

Référence:
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/exploration-colonisation/archives-nouvelle-france/Pages/item.aspx?IdNumber=80

4) Mention de l’expression « Désert brûlé »

31 mai 1732
Le successeur de Pierre Robineau (décédé en 1729) est Jean-Eustache Lanoullier   de Boisclerc. Dans son procès-verbal du 31 mai 1732 il ordonne à tous les habitants du Désert Brûlé   et de la seigneurie   du Cap-de-la-Madeleine de   faire chacun en droit   leur chemin de vingt-quatre pieds de largeur entre   deux clôtures, d’essoucher   le dit chemin, ôter les   roches, abattre les   buttes, remplir les   vallons et de   faire les ponts nécessaires   pour la commodité   et sûreté publique.

Référence : Pierre-Georges Roy, Inventaire des procès-verbaux des grands voyers, Beauceville, Imprimerie L’Éclaireur, 1923

5) Mention de l’expression « côte du Bois-Brûlé »

8 juin 1733.

Procès-verbal   de Jean-Eustache Lanoullier   de Boisclerc qui ordonne que les fossés le long de la levée de la côte du   Bois-Brûlé seront reculés et   creusés et que   les ponts seront refaits par tous les habitants de Champlain, Batiscan et du Cap-de-la-Madeleine.   (Cahier 5, p. 54)

6) Mention de l’expression « le Grand-Brûlé »

11 septembre 1734.
Procès-verbal   de Jean-Eustache Lanoullier   de Boisclerc qui constate que le chemin du Roi dans les seigneuries du Cap-de-la-Madeleine et de Champlain, particulièrement dans le Grand-Brûlé, sur les terres des sieurs Bouvière et Duval, ne sont pas faits, et que plusieurs ponts manquent dans la côte de Champlain.   (Cahier 5, p. 117).

 

7) Mention de l’expression « bois brûlé » – en 1750

Finalement mentionnons un dernier document cité par l’historien Jean Provencher sur son site « Les quatres saisons ». Il s’agit d’un extrait du carnet de voyage d’un ingénieur français de passage dans la région en 1750 – Louis Franquet : «Embarqué à cinq heures et demi du matin, passé devant le débouché du ruisseau mentionné cy-devant, marché à la cordelle, jusqu’à l’endroit nommé le bois brûlé; au delà reprit la rame, et plus loing vu le débouché de la rivière aux Ânes. […] Le fleuve vis-à-vis la dite rivière est considéré large de trois quarts de lieue, et à peu près vis-à-vis de l’autre côté du fleuve est le village sauvage de Bécancourt, enfoncé de deux lieues dans les terres et dont il sera fait mention cy-après. À 200 toises au delà de la dite rivière aux Ânes, est un endroit nommé Provenché ».

Cette référence au « village sauvage de Bécancourt » est intéressante à notre point de vue car c’est dans ce coin de pays que se sont installés Anthoyne Cottenoyre et Marguerite Provencher après leur mariage en 1682 et qu’ils y ont élevé leur famille de neuf enfants. Leur fils Antoine y demeure peut-être encore en 1750, puisqu’il ne décèdera qu’en 1760. C’est là une autre histoire que nous aborderons sous peu. L’expression « sauvage » désigne les Abénakis de Wôlinak qui se sont établis dans cette région vers 1704. La réserve de Wôlinak existe toujours d’ailleurs.

Ces expressions (Grand brûlé ~ Bois brûlé ~ Désert brûlé ~ Pays Brûlé) que nous avons relevées dans les procès-verbaux des grands voyers sont toutes en lien avec un territoire qui se trouvait dans la seigneurie du Cap-de-la-Madeleine, au sud de la rivière Champlain.

Nous verrons dans un prochain article comment de telles expressions ont pu servir à décrire un territoire habité jadis par des personnes avec qui nous avons des liens du sang.

 

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