Avez-vous lu « Cotnoir » ?

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Il s’agit d’un « petit livre génial », un conte ou un court roman de Jacques Ferron publié en 1962 et réédité plusieurs fois depuis. Jean-Louis Lessard note sur son blogue Laurentiana :

« Ferron est un conteur exceptionnel. Ce petit livre génial est écrit dans un style tout de finesse, plein d’humour et, en plus, la narration est très savante, ce qui dans ce cas n’est pas un défaut. Ce n’est pas la première, et sans doute pas la dernière fois, que je lis Cotnoir ».

Ferron nous conduit à rebours et ce fort habilement jusqu’à la dernière journée de la vie du docteur Léon Cotnoir, personnage central du conte. Il nous le décrit en des termes assez peu élogieux : « médecin sans réputation, notable de faubourg, bourgeois encanaillé, honte de la paroisse, damné de vieille date ». Et de plus, il est alcoolique! Alors, où est donc l’intérêt? En fait, Ferron nous présente tout au long de son récit un personnage plus ou moins dessiné. Il nous en dit peu sur celui-ci si ce n’est qu’il est tout dévoué à sa clientèle, qu’il exerce la médecine dans la ville de Longueuil et ses environs. Il habite une maison assez cossue, il n’a ni parent ni ami, hormis un confrère qui exerce la médecine dans la même ville que lui, Longueuil. Il a une épouse fort discrète que Ferron désigne toujours comme « madame Cotnoir », originaire de France et sans attache au Québec.

Le livre nous propose une intrigue bien simple. Cotnoir est appelé par l’un de ses clients, Aubertin, à solutionner une problématique à laquelle fait face sa famille. Il s’agit de se « débarrasser » d’un encombrant personnage, Emmanuel, un hurluberlu que Cotnoir suggère de mettre sur le train à destination de Québec. C’est en fait le seul épisode du conte où Ferron nous présente Cotnoir, en chair et en os, impliqué directement dans le déroulement de l’action. Le soir même, après un détour par la taverne, Cotnoir se sent mal. Il décède au cours de la nuit des suites de ce qui semble être une défaillance cardiaque. On se rappelle alors le contexte du chapitre premier alors que des porteurs introduisaient le cercueil contenant la dépouille de Cotnoir dans l’église de Longueuil.

Ferron nous place en présence d’un personnage plutôt énigmatique, docteur Cotnoir, et de son épouse, madame Cotnoir. D’autres acteurs plus ou moins nébuleux sont également insérés dans l’intrigue : un médecin collègue local et ce pseudo-médecin, Bessette, supposément confrère de classe de Cotnoir et qui est en fait « … un morphinomane qui court les enterrements (de médecins) afin de recueillir les restes de morphine laissés par les défunts » (J.L.Lessard).

Lien entre « Cotnoir » et notre généalogie

L’origine du titre de cette oeuvre de Ferron trouve son explication dans les faits suivants :

– Jacques Ferron était médecin et également écrivain. Il a exercé sa profession pendant environ 2 ans (été 1946 – 1948) dans une région éloignée et relativement isolée du Québec, soit à Saint-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, en Gaspésie.

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Ginette Michaud dans « L’autre Ferron » (Fides, 1995) nous éclaire à ce sujet :

« Dans les années vingt la paroisse de Rivière-Madeleine est en pleine croissance. Vint s’y établir à compter de 1917, un médecin du nom de Adélard Bernardin Cotnoir… après avoir vécu plusieurs années à Marinette (Wisconsin) ».

Michaud poursuit : « Au moment où Ferron séjourne en Gaspésie (environ 2 ans – été 1946-1948) ce médecin est décédé depuis plusieurs années, en novembre 1938. Mais il a presque acquis un statut légendaire : médecin dévoué et généreux, il avait pratiqué son métier dans des conditions héroïques… Médecin lui-même, Ferron se trouvait à « chausser les bottes » du docteur Cotnoir; il héritait de sa clientèle, et connaîtra à peu de choses près, la même existence que lui. Le séjour gaspésien de l’auteur ( i.e. Ferron – médecin ) paraît avoir été hanté par le souvenir de ce devancier, et il semble qu’un phénomène d’identification se soit produit…. ».
« Malgré les transformations que l’écrivain lui fait subir, ce vieux docteur restera toujours, dans son œuvre, comme la personnification du bon médecin usé par la tâche ».

Notons que ce docteur Bernardin Adélard Cottenoire n’est pas si vieux que cela puisqu’il est en fait décédé en 1938, à l’âge de 54 ans.

Que pouvons-nous apprendre en consultant notre base de données généalogiques ?

Le lien internet est le suivant : cotnoir.net/genealog

Interrogeons en premier le répertoire des lieux et cherchons : Sainte-Madeleine
En cliquant la petite loupe à la droite du lieu, on découvre la situation géographique de cette municipalité du Québec, au cœur de la Gaspésie, composée de trois villages : Manche d’Épée, Madeleine Centre et Rivière Madeleine.

Par ailleurs, on dénombre 4 personnes présentes dans notre base de données qui sont nées à cet endroit. On compte également 2 mariages… et 1 décès : celui d’un certain Bernardin Adélard Cottnoire (24 novembre 1938).

En cliquant le nom de cet individu, on obtient toutes les données disponibles sur lui.

Bernardin Adélard COTTENOIRE (10/11/1884 – 24/11/1939)

Date et lieu de naissance : 6 novembre 1884 à Saint-Germain-de-Grantham.
Père : Narcisse Léon Cottenoir (1854-1932), Mère : Olivine Duff (1858-1937)
Mariage : Héloïse Lortie (1891)
Enfants : Jeannette Cotnoir, Paul-Marcel Cottenoir, Simone Cotnoir

Nous possédons toutefois un fichier numérisé de son acte de baptême.

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Notons que l’épellation du nom de famille, tel qu’inscrit par le prêtre officiant à la cérémonie, est Cottenoire. Son parrain est Cyprien Duff et sa marraine Adrienne Duff, lesquels ont tous deux signé et que le père, Léon Narcisse signe Cotnoir, sans « e ».

On ne sait rien actuellement de l’histoire du couple Bernardin Adélard Cottenoire et Héloïse Lortie si ce n’est qu’ils ont vécu au début de leur mariage aux États-Unis, à Marinette, Wisconsin. Leur fils, Paul-Marcel est décédé à l’âge de 4 ans en 1918, époque qui coïncide avec la période de grippe espagnole qui a fait alors des millions de morts. Il a été inhumé à Saint-Germain-de-Grantham On suppose donc que le couple était revenu vivre au Québec.

La famille alla s’installer en Gaspésie à compter de 1919, à Saint-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine. Le docteur Bernardin Adélard Cottenoire y pratiquera la médecine jusqu’à sa mort survenue en novembre 1938.

Nous écrivons ici le nom Cottenoire en supposant que le docteur a pris possiblement l’appellation inscrite dans le registre paroissial par le prêtre officiant à son baptême.

Lui ont survécu :
– son épouse, Héloïse Lortie qui serait décédée à Los Angeles (U.S.A.) en 1949, âgée de 58 ans,
– sa fille Jeanette Cotnoir, née vers 1909 aux U.S.A. Elle a épousé Maurice Sasseville le 15 novembre 1939 à Sainte-Madeleine. On ne leur connaît pas de descendance.
– sa fille Simone, également née aux U.S.A. (date ?) a épousé le 11 septembre 1939 Aimé Arthur Camille Bérubé à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine. Ce couple a eu trois enfants : Marcel, Monique et Simone.

 

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Merci à madame Pierrette Campeau de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine qui nous a mis sur la piste du docteur Bernardin Adélard Cotnoir originaire de St-Germain de Grantham et qui, selon des renseignements qui n’ont pas encore été vérifiés, aurait été inhumé dans son village natal de Saint-Germain-de-Grantham.
Merci également à Raymond Cotnoir, ex-président de notre association et toujours webmestre du site « Les Familles Cotnoir / Cottenoir / Préville   Families » pour nous avoir transmis copie des échanges de courriel avec madame Campeau.

J’espère que ces détails sauront éveiller votre curiosité car je me suis surpris à vraiment apprécier les anecdotes racontées par Jacques Ferron. Comme le dit la publicité : « Y’a de nous autres là-dedans »

Recherche et rédaction du texte : Jacques Cotnoir – Saint-Donat (Québec)

(Contact : classicalacarte@gmail.com)

p.s. Le conte/ roman de Jacques Ferron « Cotnoir » peut être commandé en suivant ce lien: Cliquer ce bouton

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