Ce texte a pour but de retracer le parcours d'un certain Michel Cottenoir qui a quitté son village natal de Saint-Michel de Yamaska au premier quart du 19ième siècle pour s'établir dans une région à proximité de la Côte-Ouest américaine, dans ce qui est aujourd'hui l'État de Washington.
Le tout débute à l'occasion d'une recherche que j'ai effectuée il y a quelques années (7/3/2019) et portant sur le patronyme Cotnoir, en consultant les données du recensement américain de 1940. J'ai constaté qu'il y avait alors aux États-Unis d'Amérique 192 personnes portant ce nom de même que 91 autres portant le nom de Préville. Ces derniers sont également des descendants d'Anthoyne Cottenoire et de Marguerite Provencher, ancêtres de tous les Cotnoir d'Amérique. À noter que les épouses à l'époque étaient inscrites sous le nom de leur mari dans les formulaires du recensement. Mentionnons également que la base de données consultée ne contient aucun résultat provenant de l'état du Maine!
Suite à cette première recherche, j'ai été étonné de la présence d'un patronyme s'apparentant au nôtre : douze individus sont inscrits sous le nom de «Cottonware». Vous avouerez qu'il y a là un grand intérêt à pousser davantage mes recherches.
Tout récemment j'ai interrogé la base de données de Family Search pour le patronyme Cottenoir et j'ai ainsi découvert l'existence d'une certaine Lorraine Yvonne Cottenoir (1936-2015). Elle est la fille de Leo Eugene Cottenoir sr. (1910-2006) et petite-fille de Eugene David Cottenoir ou Cottonware (1888-1967) et de Mary Josephine Plamondon (1882-1949).
Family Search m’a permis d’établir rapidement l’ascendance de cette branche des Cottenoir. Eugene David est le fils de David Cottonware (1834-1913) et de Adelia Lozier (1860-1930). Ce dernier est le fils de Michel Cottenoir jr. (1820-1853) et de Marie Ketsé, une Indienne, baptisée le 7 janvier 1840, selon les données des Archives de la Hudson’s Bay Company. Michel jr. a épousé le 7 juin 1842 Sophie Plamondon (1825-1887), fille de Simon Bonaparte Plamondon (1802-1901), personnage célèbre dans cette région.
Quant à Michel Cottenoir Jr. Il est évidemment le fils de Michel Cottenoir Sr., né le 16 mai 1787, à Saint-Michel de Yamaska. Les renseignements sur l’origine et la date de naissance de Michel Cottenoir sr. disponibles dans les archives de la HBC correspondent aux renseignements de la base données de notre association de généalogie. Il est le fils unique de Michel Cottenoir et de Marguerite Gauguet de Saint-Michel de Yamaska.
Michel Cottenoir Sr. a été de ceux qu'on appelait « voyageur » ou « engagé d'ouest », à l'emploi de la Hudson's Bay Company (HBC) à compter de 1821. Il est inscrit dans les registres de la compagnie à titre de "middleman" ou "milieu" de 1824 jusqu'en 1837. De 1837 à 1839 il est identifié comme "Cowlitz settler". En 1839, il devient "homme libre ou "freeman". Son fils, Michel jr. a également été "voyageur" pour la North West Co. de 1824 à 1837. Il a débuté à l'âge de 14 ans. Il s'installe définitivement à Cowlitz, de 1837 à 1839 et est inscrit dans les registres en tant qu'homme libre de 1839 à 1842. Michel jr. est né en 1820 d'une union avec une Indienne de la nation Tchinouk. Le 8 avril 1839 Michel Cottenoir sr. épouse Mary Hachea, une Indienne de la nation Cowlitz. Ils auront trois enfants dont David Michael le plus jeune (1834-1913).
Ces deux Michel Cottenoir, père et fils, sont contemporains d'un autre Canadien-français de renom installé dans cette région et travaillant pour la Hudson's Bay Co puis la North West Co. Il s'agit de Simon Bonaparte Plamondon. Ce dernier était originaire de Saint-François-du-Lac, situé à l'embouchure de rivière du même nom. Ce village est situé à quelques kilomètres de Saint-Michel-de-Yamaska d'où provenait Michel Cottenoir sr.
Simon Bonaparte Plamondon (1802-1901)
Tout au long des 19ìème et 20ième siècles, les Indiens Cowlitz ont fait connaître au gouvernement américain leur revendications légitimes sur leur terres qui leur ont été en quelque sorte confisquées suite à l’arrivée des colons blancs en provenance de l’Orégon ou encore de cet immense territoire au nord qui allait devenir le Canada moderne. Ce n’est qu’en l’an 2000 qu’ils ont finalement obtenu la reconnaissance de leurs droits sur leurs territoires ancestraux. L’un de ceux qui les a appuyé dans leurs revendications fut précisément Simon Bonaparte Plamondon.
La photo ci-dessous prise en 1910 montre son fils Simon Plamondon jr. d'Olequa entouré des membres de sa famille. À la gauche de Simon se trouve son épouse, Mary Plamondon, née Farron. Les hommes en dernière rangée sont, de gauche à droite, ses fils Léon, Daniel et Simon III. Le dernier à droite est Eugène David Cottonoire (1888-1967). Est assise devant lui, son épouse, Mary Josephine Cottenoir (née Plamondon) qui tient dans ses bras Mable Rose Cottenoir alors âgée de 1 an. La petite fille assise au centre, devant les adultes, est Sadie Josephine Cottenoir (1906-1985), fille d'Eugene David Cottenoir (1888-1967) et de Mary Josephine Plamondon (1882-1949).
Il est fascinant de rencontrer ces noms d'origine canadienne-française dans une région si éloignée de la vallée du Saint-Laurent. Plus on fouille les documents publics de cette région plus on rencontre bien d'autres noms de famille ayant appartenu à ces hommes qui ont fait le traite des fourrures au départ de Montréal pour le compte de la HBC et à celle qui lui a succédé, la North West Co. En janvier 1919, un agent spécial représentant le gouvernement américain a été chargé d'établir l'inventaire des membres de la nation Cowlitz pouvant prétendre t à un dédommagement monétaire pour les terres « confisquées » par les colons venus s'installer sur ce territoire au cours du siècle précédent. Ces documents, parfois dactylographiés, parfois manuscrits, contiennent quantité de noms d'origine canadienne-française, tels : Chappalier, Dubeau, Gill, St-Germain, Cottonoire, Bertrand, Catlin, Lozier auxquels on peut ajouter les prénoms de Béatrice, Florence, George, Marie, Loretta, Émile, Léon, Isabella, Léontine,Charles, Cécile, Sophie, Michèlle, Délia, etc.
Toutes ces personnes n'ont laissé aucune trace de leur passage sur terre si ce n'est une possible apparition au cimetière régional de Vader. Toutefois si l'on regarde bien la carte de Cowlitz ci-dessous on constate en bas, sur la gauche, un boulevard nommé Plamondon qui vient recouper le Jackson Highway et tout en haut, au centre, apparaît l'emplacement de la Saint-Francis Mission qui existait à l'époque des Plamondon, Finalement au bas de la carte, à proximité de la rivière Cowlitz, on repère deux petits points noirs, qui sur la carte interactive du Pioneer Highways correspondent à l'emplacement des exploitations agricoles possédées jadis par David Cottonoire et Michel Cottonnoire.
Pour quiconque souhaiterait explorer davantage cette histoire fascinante des engagés d’Ouest et revivre cette épopée des canadiens-français qui pendant plus d’un siècle ont contribué à façonner le paysage socio-politique de ces régions situées en bordure le l’Océan Pacifique, le livre de référence par excellence est cet extraordinaire essai de Carolyn Podruchny « Les voyageurs et leur monde » paru en traduction française dans la collection À Propos aux Presses de l’Université Laval (2019).














